Gestion sanitaire de nos élevages

épidémies et vaccinations obligatoires : et si une autre approche était envisageable

Les maladies dans nos élevages domestiques : comment bien vivre avec ?

Depuis que nous, humains, pratiquons l’élevage, nous sommes confrontés à différentes maladies dans nos troupeaux et notre rapport aux maladies varie suivant les régions, les cultures, le temps et en fonction des connaissances.

Historiquement, nous sommes influencés par le souvenir des épidémies qui sont apparues dans le temps : la peste, le choléra,…. Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, l’intensification de l’élevage a nécessité la lutte contre diverses maladies comme la tuberculose, brucellose, fièvre aphteuse, etc… Plusieurs pratiques de prophylaxie1 ont permis de les faire presque disparaître de nos contrées. Mais parmi les mesures mises en place , c’est essentiellement l’usage des vaccinations qui a marqué les mémoires (jamais utilisé contre la tuberculose).

Aujourd’hui, nos élevages peuvent être affectés par de nouvelles maladies, virales ou parasitaires, liées à l’importance des échanges commerciaux internationaux et aux effets des changements écologiques et climatiques. Cet état de fait crée de la peur chez les éleveurs car les pertes peuvent être conséquentes dans le cadre de l’augmentation de taille des élevages et de l’intensification des méthodes de production qui les fragilisent.

Dans la panique, notre souhait est de trouver au plus vite le « remède miracle » qui va sauver nos élevages, si possible sans nous remettre en cause ni changer nos habitudes. Dans les cas d’épidémies virales, la vaccination est toujours la solution proposée par nos services vétérinaires ( exemple de FCO : fièvre catarrhale ovine) sinon c’est l’éradication des animaux atteints ou de tout le troupeau ( la maladie de la vache folle, la PPA : peste porcine africaine…).

A côté de ces méthodes radicales, certains vétérinaires en collaboration avec des éleveur·euse·s tentent d’autres approches plus globales et plus « douces ». La première action est d’apprendre à mieux connaître la nouvelle maladie, de comprendre comment, pourquoi elle apparaît dans nos élevages en ce moment. Cette approche nous oblige à chercher ce qui fait défaut dans nos pratiques d’élevage, où se situe nos fragilités et nous interroge sur les moyens d’assurer une meilleure immunité, un optimum de résistance chez nos animaux.

Car, avec le progrès des connaissances, nous disposons de nettement plus de moyens pour connaître ces nouvelles pathologies, leurs causes, leurs modes de propagation et en conséquence de chercher des moyens de les éviter ou des remèdes pour en guérir.

Dans le cas des maladies vectorielles2 portées par les culicoïdes3, il est nécessaire de mesurer les changements : en 15 ans près de 80% des oiseaux (insectivores ou non) ont disparus, ainsi que les chauves souris et les batraciens ou reptiles, détruits par les pesticides. Les pullulations de ces culicoïdes sont donc favorisées et augmentent le risque de transmission des virus.

D’un point de vue global, la maladie survient généralement dans des situations où le terrain lui est favorable ; si on accepte ce point de vue, il est alors primordial de chercher ce qui fait que le terrain devient favorable ! Et une fois comprises les causes, il est plus facile d’agir en acceptant la maladie comme un marqueur de la qualité de nos pratiques d’élevage.

En somme, c’est apprendre à vivre avec les maladies naturelles plutôt que de vouloir les éradiquer ! En sachant qu’éradiquer une maladie, c’est aussitôt laisser la place à une autre ! Et cela d’autant plus que les agents pathogènes qui atteignent nos élevages s’attaquent aussi à la faune sauvage qui constitue, de ce fait, en permanence, un milieu naturel de persistance pour ces vecteurs de maladies (à moins de tuer toute la faune sauvage atteinte! exemple de la PPA)

Après avoir survécu à la FCO ( type 8) des années 2007 à 2009 sans passer par la vaccination, voici différents exemples de moyens de « résistance » que j’ai pratiqué dans mon élevage.:

– augmenter l’immunité du troupeau par des cures régulières de Chlorure de magnésium

– améliorer le confort et l’alimentation des animaux et les placer sur un terrain qui est moins favorable à la maladie

– suivre l’évolution de la maladie par prise de sang afin de connaître le niveau d’immunité humorale, voir l’immunité cellulaire dans des cas de virus véhiculés par des culicoïdes

– une meilleure sélection parmi les animaux de nos troupeaux, en gardant plutôt les animaux résistants et en éliminant les plus faibles…

– la mise en place de remèdes préventifs qui amènent chez nos animaux un terrain qui les aident à résister (travail avec les plantes, tisanes, huiles essentielles, homéopathie…)

Et peut-être le plus important, ne pas rester seul (éleveurs-éleveuses) face au problème du troupeau ; les amis, les voisins éleveurs-éleveuses, les vétérinaires sont des alliés pour nous aider à réfléchir à des pistes qui nous parlent bien !

Avant de vacciner, si vous êtes intéressé·e·s par une rencontre sur ce sujet, nous en prévoyons une pour fin février avec Paul Polis, vétérinaire homéopathe à l’association « Zone verte ». Faites nous signe et nous vous préviendront.

Marc Vanoverschelde

Membre effectif du MAP-EPI asbl et Éleveur bovins et porcins à la Ferme du Hayon

Source et re-lecture : Paul Polis Vétérinaire à Zone Verte ( Arbois)

1 La prophylaxie, appelée aussi mesure prophylactique, désigne le processus actif ou passif ayant pour but de prévenir l’apparition, la propagation ou l’aggravation d’une maladie, par opposition à la thérapie curative, qui vise à la guérir.

2 Une maladie vectorielle est une maladie qui est causée par un agent parasite véhiculé et inoculé ou déposé par un vecteur vivant (obligatoire dans la plupart des cas). Ce vecteur est un organisme qui ne provoque pas lui-même la maladie mais qui est nécessaire à la dispersion de l’infection en transportant les agents pathogènes d’un hôte à l’autre.

3 Les culicoïdes sont les moucherons qui transmettent le virus de la FCO en se nourrissant du sang des animaux.