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Les GASAP, un prix juste contre la précarité des agriculteur·rice·s

Les GASAP, un prix juste contre la précarité des agriculteur·rice·s

4 janvier 2021 par Violaine.
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<http://www.fian.be/local/cache-vign...>

Dans cet article, Laurence Lewalle, coordinatrice du Réseau des GASAP, nous explique ce que sont les GASAP, et en quoi ils sont répondent à la nécessité de rendre l’alimentation saine et locale, tout en luttant contre la précarité des agriculteur·rice·s grâce à la mise en place d’un prix juste. Elle explique également que malgré qu’il soit clair que sortir les personnes de la précarité économique est une priorité, ce n’est pas aux producteur·rice·s locaux·ales d’endosser cette responsabilité en baissant leurs prix, déjà peu rémunérateurs.

Tout d’abord, les GASAP, c’est quoi ? Lutter contre la précarité des agriculteur·rice·s Focus sur le prix juste Quelques pistes de solution L’accessibilité de l’alimentation durable est-elle toujours liée au prix ?

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Tout d’abord, les GASAP, c’est quoi ?

Un GASAP, acronyme de « Groupe d’achats solidaires de l’agriculture paysanne », est un réseau de citoyen·ne·s et de producteur·rice·s qui construisent un projet commun en accord avec une agriculture paysanne durable (locale, de saison, agroécologique, respectueuse de l’humain et de l’environnement). Il s’agit d’une des formes du modèle plus large d’Agriculture Soutenue par la Communauté (ASC) [1].

Ce qui distingue les GASAP des autres systèmes, c’est l’engagement solidaire. Les consommateur·rice·s s’engagent à acheter une part de production (le “panier”) pour une saison de culture future, et le paye à l’avance à le·la producteur·rice [2]. C’est de la vente directe, sans intermédiaire. L’équation est donc simple : l’argent dépensé par le·la « mangeur·euse » va à 100 % dans la poche du·de la producteur·rice.

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Lutter contre la précarité des agriculteur·rice·s

Dans les conditions actuelles, dans les chaines de distribution « habituelles », diminuer le prix des denrées équivaut souvent à diminuer le revenu des agriculteur·rice·s. Or, leurs revenus sont déjà à des niveaux extrêmement bas (cf graph. 1). En éliminant les intermédiaires entre les producteur·rice·s et les mangeur·euse·s, on permet donc d’augmenter le revenu des premier·ère·s, sans nécessairement augmenter le prix pour les dernier·ère·s. <http://www.fian.be/local/cache-vign...> Graph. 1 : revenu mensuel net des agriculteur·rice·s en Belgique, 2016 (c) iVox, 2016. Enquête commandée par la Fedagrim

[3]

Les GASAP sont également nés en partie nés du constat que de plus en plus de fermes à taille humaine disparaissaient, faute de pouvoir vivre de leur travail. Entre 1980 et 2018, une moyenne de 13 fermes par semaine ont cessé leurs activités.

Johan Colpaert, président de Fedagrim , a déclaré : « Seulement 3 % des participants ont déclaré qu’il·elle·s recommanderaient leur métier d’agriculteur·rice·s. De faibles bénéfices et revenus, des exigences élevées des autorités et des prix de marché bas occupent le top 3 des raisons pour lesquelles le métier n’est pas attrayant ». Pourtant, plus de 9 agriculteur·rice·s interrogé·e·s sur 10 déclarent aimer leur métier.

<http://www.fian.be/local/cache-vign...> Tableau 1 : évolution du nombre d’exploitations agricoles en Wallonie, 1980-20181

Au Réseau des GASAP, la volonté est de développer un modèle qui soutient mieux les producteur·rice·s en leur offrant une meilleure stabilité financière, mais aussi un soutien social et humain. Le modèle favorise également les aides ponc­tuelles en cas de coup dur (aléas naturels, problèmes de production ou de commercialisation, …). Pendant le confinement, par exemple, les groupes se sont adaptés rapidement pour venir en aide aux producteur·rice·s suite à la fermeture des marchés et du secteur l’Horeca. En quelques jours seulement, certains GASAP ont acheté des paniers supplémentaires ou augmenté la taille de leurs paniers. De nouveaux groupes ont été créés de toutes pièces pour compenser les pertes subies. Cette période a démontré la résilience sociale et économique du modèle.

Mais, malgré tout, quand on discute avec les producteur·rice·s du Réseau, il s’avère que leur situation ne correspond pas toujours à nos espérances de consommateur·rice·s engagé·e·s. En effet, certain·e·s maraîcher·ère·s sont obligés de travailler en dehors de leur ferme afin d’avoir un autre revenu, garanti, lui. D’autres développent des activités de revente (marchés, magasins à la ferme), pour rentabiliser leurs activités. Souvent, il·elle·s ne peuvent embaucher du personnel qu’avec des contrats précaires ou même non déclarés. Et la plupart travaillent trop, avec les risques d’épuisement que cela comporte. Alors, face à ces constats, que faire ?

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Focus sur le prix juste

Aujourd’hui, beaucoup de producteur·rice·s fixent leurs prix en se basant sur les prix proposés pour les produits BIO que l’on trouve sur les marchés ou dans la grande distribution. Au Réseau des GASAP, nous plaidons pour un prix de vente qui couvre : le coût de production total ; le coût de transport total ; un salaire décent qui, idéalement, permette aussi au·à la producteur·rice de prendre des congés. Un tel prix s’éloigne nettement des prix de la grande distribution. Mais les mécanismes qui fixent le prix de la grande distribution sont-ils justes ? Prennent-ils en considération les coûts environnementaux des méthodes de production ? Les coûts sanitaires de l’emploi de pesticides ? Qui finance les 2+1 gratuits ? Poser ces questions, c’est en partie y répondre [pour en savoir plus sur l’alimentation « low cost », voir article n°3, par Olivier De Schutter]. <http://www.fian.be/local/cache-vign...> Graph. 2 : Le prix du marché, le coût de production et le prix juste (c) Réseau des GASAP, 2019

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Quelques pistes de solution

Le passage en parts de productions, qui consiste à voir les producteur·rice·s comme des prestataires de services, avec un salaire fixe, plutôt que comme un·e vendeur·euse de légumes. On définit avec lui·elle le salaire qu’on souhaite lui donner et le nombre de personnes qu’il·elle peut nourrir avec sa production. En divisant le premier par le second, on obtient le prix d’une part de production à l’année que l’on s’engage à payer en une fois ou plusieurs fois, mais toujours anticipativement. La communication avec les mangeur·euse·s, qui permet d’indiquer la vraie valeur de chaque panier : vous payez autant par panier, et j’ai calculé le prix en tenant compte du prix du marché ou du coût réel de production. L’engagement pour une année et le paiement d’un prix fixe pour un panier de légumes, qui doit permettre au·à la producteur·rice de le remplir en fonction des aléas, positifs ou négatifs, de sa production. De cette manière, on peut justifier les variations de quantité d’une saison à l’autre : si le·la maraîcher·ère met beaucoup en été, il peut plus tranquillement mettre moins l’hiver.

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L’accessibilité de l’alimentation durable est-elle toujours liée au prix ?

En fait, l’accessibilité doit être envisagée sous plusieurs angles : économique, géographique et socio-culturelle.

Premièrement, l’accessibilité économique, liée au prix. C’est indéniable : le niveau et la régularité des revenus influence nos achats. Dans les GASAP, nous avons mis en place des mesures pour accueillir des familles aux revenus moindres : cagnotte solidaire des autres mangeur·euse·s pour préfinancer le panier de certains qui paieraient sans préfinancement, paiement au panier, ou mise en place de prix « fourchettes » en fonction des revenus. Mais cela ne résout pas tout. Par ailleurs, nous luttons quotidiennement contre le préjugé qui suppose que les produits sont plus chers dans les GASAP et les magasins bios que dans la grande distribution (pour des produits équivalents, donc bio).

En effet, un récent comparatif des prix que nous avons fait montre que le prix de produits bio est régulièrement jusque deux à trois fois plus cher au Delhaize que dans les commerces bio et les GASAP6. Par exemple, on a des courgettes à 2,17 €/kg en commerce bio et GASAP, et à 6,33 €/kg au Delhaize. Autre exemple, pour un produit de saison comme les framboises, on est à 16,8 €/kg en GASAP, à 31,12 €/kg en magasin bio, à 29,9 €/kg en bio au Delhaize bio. Et si on compare avec des produits non bio, ils restent plus chers que le bio en GASAP avec 21,52 €/kg au Delhaize et 18,32 €/kg chez Aldi. Et pourtant, même avec ce prix plus bas en GASAP, le·a producteur·rice est bien mieux rémunéré·e car on est en vente directe.

Deuxièmement, l’accessibilité géographique, liée à la disponibilité géographique de l’offre. Certains quartiers sont plus fournis en commerces d’alimentation durable que d’autres. En s’appuyant sur les citoyen·ne·s, les GASAP ont une présence non négligeable dans des quartiers à faible offre de ce type (Anderlecht, Forest, Ganshoren, Molenbeek, Koekelberg, Saint-Josse).

Enfin, l’accessibilité socio-culturelle. Lorsqu’on demande aux personnes pourquoi elles ne consomment pas de produits locaux et durables7, on obtient des réponses qui ne sont pas liées au prix mais à des opinions ou visions du monde : ancrées dans une certaine vision du progrès, elles font plus confiance aux aliments des supermarchés, aux produits industriels. Ou elles veulent consommer des produits issus de leur pays d’origine, ou encore elles considèrent le bio comme une supercherie de plus, … Pour contrer ces arguments, un travail de sensibilisation d’ampleur reste à réaliser, ardu face à la force de persuasion et la récupération de discours de la grande distribution.

De ces différents éléments, nous pouvons donc conclure qu’il y a plusieurs freins à l’accès à l’alimentation durable. La précarité financière en est un, mais il n’est pas le seul. Et il est clair que sortir les personnes de la précarité économique devrait être une priorité. Mais ce n’est pas aux producteur·rice·s locaux·ales d’endosser cette responsabilité en baissant leurs prix déjà si peu rémunérateurs. Ce qui est urgent, c’est de travailler à la justice sociale, de manière à pouvoir rétribuer chacun·e de manière correcte (les mangeur·euse·s, pour qu’ils aient accès à une nourriture de qualité, et les producteur·rice·s, pour qu’il·elle·s puissent vivre décemment de leur travail).

Au Réseau des GASAP, nous testons des moyens de permettre aux producteur·rice·s d’exister et de vivre de leur travail. C’est notre pierre à l’édifice.

A l’heure où l’on parle de plus en plus de revenu universel, nous plaidons également pour la mise en place d’un revenu garanti pour les producteur·rice·s et en particulier, pour les producteur·rice·s sur petite surface qui n’ont jusqu’à aujourd’hui pas accès aux aides de la Politique Agricole Commune (PAC). La crise du COVID-19 a montré que ce sont les métiers les plus utiles qui sont les moins bien payés, alors pourquoi ne pas commencer par là ?

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[1] Ou Community Supported Agriculture (CSA) en anglais

[2] Les paiements se font au moins 3 mois à

l’avance, ce qui garantit des revenus réguliers

aux producteur.rice.s et leurs permettent de

prévoir leurs cultures.

[3] Chiffres tirés d’une enquête en ligne menée par iVox auprès de 1.131 agriculteur·rice·s belges en 2016. Enquête commandée par la Fedagrim.



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