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Faut-il des centrales au gaz après la sortie du nucléaire ?

Faut-il des centrales au gaz après la sortie du nucléaire ?

23 février 2021 par Arnaud Collignon.
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S’il faut construire des centrales gaz une fois éteints les réacteurs nucléaires, 3 questions : Combien ? Lesquelles ? Faut-il les subventionner ?

En 2026, la sortie du nucléaire sera une réalité. Seul deux réacteurs sur les sept en activité pourraient encore être prolongés comme nous vous l’expliquions ici.

Nucléaire ou climat ? Un faux débat

Mais comment sera produite notre électricité après la fermeture des réacteurs ? Pas de panique. Tous les experts s’accordent sur un point : nous sommes (presque) prêts !

Une question cependant focalise l’attention des médias et des politiques. Doit-on remplacer nos vieilles centrales nucléaires en fin de vie par des centrales au gaz, polluantes ?

Pour bien comprendre le débat, il scinder cette question en trois autres, distinctes : La sortie du nucléaire implique-t-elle obligatoirement la construction de centrales gaz et si oui, combien ?Ont-elles besoin d’un soutien public pour être construites ?Si on doit en construire, quel type de centrales privilégier ?

Combien faut ils construire de nouvelles centrales au gaz ?

Combien de centrales ? La question est toujours en suspend en ce début d’année. Nous reprenons, en bas de cet article, les principales études qui analysent la question pour ceux que les chiffres intéressent. Ce que l’on peut dire, c’est que le nombre de centrales nécessaires diminue au fur et à mesure que les experts étudient la question… Les dernières estimations tournent autour d’une ou deux « grosses » centrales. Le dernier mot reviendra au régulateur du marché de l’électricité (la CREG) et au gestionnaire de réseau de transport (ELIA) en juin 2021.

Pour les ONGs : Tout doit être mis en œuvre pour limiter ce nombre . Pour remplacer nos centrales nucléaires, les alternatives ne manquent pas. La priorité ? Travailler sur la demande d’électricité  ! Voilà l’éternelle oubliée des politiques énergétiques. Elle peut baisser significativement d’ici 2026. Il reste encore des potentiels de réduction « indolores » à court terme notamment en améliorant l’éclairage.

Des mesures plus disruptives devraient également être débattues. Par exemple, si l’ensemble des ménages belges était mécaniquement limité à une puissance électrique de 1 kW durant 2 heures, un ou deux soirs par an maximum, aucune nouvelle centrale au gaz ne serait nécessaire en Belgique…

Surtout, notre consommation d’électricité peut également être déplacée… Pas de soleil et pas de vent ? Ce n’est pas le moment de faire tourner le lave vaisselle ! C’est ce qu’on appelle la gestion de la demande. Retenez ce terme, c’est un pilier de notre avenir énergétique. L’augmentation croissante des renouvelables devrait continuer, poussée par des coûts de production imbattables. Rappelons qu’en 2020, la production d’énergie renouvelable belge (éolien offshore/onshore et solaire uniquement) représentait 18,6% du mix électrique et a progressé de 31 % en valeur absolue en comparaison avec l’année 2019 (15,1 TWh en 2020 contre 11,5 TWh en 2019). <https://www.iew.be/wp-content/uploa...> Les prix du solaire et de l’éolien ont chuté en 10 ans jusqu’à devenir les moyens les moins chers de produire de l’électricité. En attendant que les renouvelables prennent le lead, la place des importations d’électricité devra augmenter surtout entre 2025 et 2030. Rien de grave à cela. Notre petit pays surpeuplé n’a jamais été et ne sera pas davantage à l’avenir autonome en énergie. Pas de charbon, pas d’uranium, peu de vent ou de soleil… La Belgique énergétique n’existe pas. Seule l’Europe compte ! D’autant que notre pays est idéalement situé et bien connecté avec les pays limitrophes.

La balle est surtout dans le camp des Régions qui disposent des leviers pour développer ces options.

Faut-il subventionner ces centrales gaz ?

En dernier ressort, nous aurons peut être besoin de construire une ou deux nouvelles centrales au gaz d’ici 2025. LA vraie question politique et démocratique des prochains mois est surtout de savoir si l’Etat (c’est à dire les citoyens qui payeront soit via leur fiche d’impôt, soit via leur facture) doit subventionner ces nouvelles centrales ?

En d’autres termes, des opérateurs construiront-ils des centrales gaz sans soutien public ?

Pour les ONGs, les choses sont claires depuis longtemps. Il faut tout faire pour éviter de soutenir ces centrales au gaz !

A ce stade, plusieurs éléments indiquent que nous n’avons pas besoin de les subventionner. Pourquoi ? Car elles seront sans doute rentables sans soutien !

En effet le marché de l’électricité européen évolue pour améliorer la rentabilité des centrales gaz et leur permettre de fonctionner sans soutien public.

Surtout, l’Allemagne a décidé de fermer ses centrales au charbon super polluantes : 43,5 GW (7X tout le parc nucléaire belge !!!) seront fermés dans les prochaines années et la Hollande fermera aussi 4,7 GW de centrales charbon. Moins de centrale charbon c’est plus de place pour les centrales gaz… En outre, l’augmentation du prix du carbone européen ces derniers mois favorise aussi les centrales au gaz par rapport à d’autres centrales plus émettrices de CO2 (charbon). <https://www.iew.be/wp-content/uploa...> Le prix du carbone sur le marché européen ETS après être resté très bas semble enfin atteindre des prix où les centrales les plus néfastes pour le climat (surtout au charbon) ne sont plus compétitives.

Bref le marché de l’électricité européen pousse les opérateurs à investir… Sans qu’il y ait besoin de subsides. La Belgique est parfaitement placée pour accueillir ces investissements étant donné son réseau de gaz important et étant donné son réseau électrique connecté avec les pays limitrophes.

C’est une bonne nouvelle pour les finances publiques belges. Mais aussi pour le climat,car en pratique, cela veut dire que les centrales au gaz belges tourneront aussi en remplacement de centrales charbon beaucoup plus néfastes pour le climat.

Quelles centrales au gaz construire ?

Admettons qu’on doive construire une ou deux centrales fossiles en Belgique, lesquelles favoriser ? C’est une question complexe. Mais qui mérite assurément toute l’attention des autorités publiques régionales et fédérales.

Des centrales flexibles, efficaces et adaptées au besoin.

Il y a différents types de technologies de centrales au gaz disponibles sur le marché qui répondent toutes à des besoins différents. L’important pour les ONGs est qu’elles soient flexibles, efficaces et adaptées. FLEXIBLES et EFFICACES ? Pour s’adapter à la variabilité des énergies renouvelables quand il n’y a pas de vent ou de soleil. Les PETITES centrales seront plus flexibles c’est à dire qu’elles s’allument plus facilement et plus efficacement. A ce titre il est préoccupant de constater que les projets de centrales actuellement sur la table ne concernent que de très grandes centrales qui perdent leur efficacité quand elles ne doivent pas tourner à plein régime… ADAPTEES ? Ces centrales au gaz pourraient produire de l’électricité. Et de la chaleur ? Ce type de centrale est le plus efficace si la chaleur est bien utilisée ! Une utilisation optimale est le chauffage urbain dans un réseau de chaleur. De tels projets existent pour chauffer la ville de Seraing par exemple. Or un projet de centrale au gaz est justement à l’étude dans cette localité. Une investigation sur le sujet serait bienvenue.

Prévoir la décarbonation des centrales gaz

En 2040, c’est à dire dans 20 ans, notre production d’électricité devrait être exempte d’émissions de CO2 si on souhaite s’inscrire dans une trajectoire de préservation d’un climat viable… Problème : les opérateurs de centrales au gaz estiment qu’il faut 25 ans pour amortir leur investissement. Construire des centrales au gaz en Belgique d’ici 2025 impliquerait dès lors de continuer à émettre du CO2 jusque 2050. C’est évidemment inacceptable !

Il faudra dès lors soit les fermer bien avant cette date, soit trouver le moyen de les « décarbonner » c’est à dire de les faire tourner sans émettre de CO2. Pour réussir une telle prouesse, plusieurs technologies sont dans les cartons mais aucune n’a encore fait ses preuves. On parle de capturer le CO2 (avant ou après la combustion du gaz). On parle de centrales tournant indirectement ou directement avec de l’hydrogène produit à base de renouvelable.

Quoi qu’il en soit pour les ONGs, c’est à l’opérateur à démontrer que son scénario de décarbonation à terme est crédible.

Plus d’infos En savoir plus sur l’Hydrogène La position des ONGs environnementales européennes sur la capture du carbone – CCS/CCU (disponible en anglais seulement)

Combien de centrales ? Des estimations qui évoluent dans le bon sens

En 2019 Elia estimait dans son étude qu’il fallait 3,9 GW de nouvelles centrales thermiques soit 6-7 très grosses centrales. Mais ce chiffre a été challengé par le « gendarme » de l’énergie, la CREG qui estime que le scénario développé par Elia est beaucoup trop pessimiste notamment parce qu’Elia ne tient pas compte du réchauffement climatique et des hivers moins rigoureux que nous connaissons.

De nombreuses autres études ont été publiées par les centres de recherches spécialisés du pays. Parmi les plus récentes, certaines estiment qu’aucune centrale au gaz n’est nécessaire comme nous l’explique cet article de Renouvelle. La dernière en date, demandée par le Gouvernement fédéral et réalisée par le centre d’étude Haulogy estime que seulement 1-2 GW de centrale au gaz doivent participer à la mise aux enchères organisée par l’Etat.

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