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Échelle Humaine n°5 – Biodiversité : une histoire de coopération

Échelle Humaine n°5 – Biodiversité : une histoire de coopération

10 décembre 2020 par Hélène Ancion.
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On dirait que l’opposition homme-nature ne devient choquante que quand les médias montrent un ours polaire affamé sur son morceau de banquise ou des éléphants se nourrissant dans une décharge. Il est grand temps d’apprendre à percevoir de manière plus subtile la biodiversité dans toute sa variété. Ce numéro 5 d’Échelle Humaine se met à son écoute. Le plus passionnant est que la biodiversité a non seulement besoin de notre aide, mais aussi une énorme capacité à nous aider, dont nous profitons déjà à chaque instant, sans même y penser.

La biodiversité nous offre constamment son soutien. Pour lui offrir le nôtre, nous devons lui donner l’occasion de s’exprimer, et nous mettre enfin d’accord sur des mesures politiques fortes . L’urbanisation est la trace visible des pressions qu’exerce l’homme sur le milieu naturel. L’autre face beaucoup moins visible, c’est la baisse drastique du nombre d’espèces de plantes et d’animaux .

Une grosse bête, une grosse forêt, ça parlerait plus à la population pour dire « Stop Béton » ? En réalité, c’est l’ensemble du vivant qui importe. Si l’idée de coopérer avec la nature est une nouveauté pour vous – bienvenue, il faut un début à tout – je vous garantis que vous ne regretterez jamais ce changement d’attitude .

Tous les articles publiés dans « Échelle Humaine » sont disponibles ici.

Que vous fassiez ou non partie d’une CC ATM , vous pouvez

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Vous souhaitez retrouver un ancien numéro de « La Lettre des CCATM » ? C’est ici.

Au sommaire de ce numéro 5 d’Échelle Humaine :

Éditorial : Biodiversité, une histoire de coopération (avec petit film à la fin de l’article)Le Plan de secteur doit laisser le sol et les gens respirer ! Résultats de l’enquête « Biodiversité dans les communes » Ruralité et biodiversité – Interview de Julie Vandamme

Biodiversité, par quel bout te prendre ? Commençons par la politique régionale !

Dans sa Déclaration de Politique , le gouvernement wallon réserve un chapitre à l’aménagement du territoire et au développement territorial (DPR 2019-2024 , p.70-72). On y trouve une phrase enthousiasmante, qui mériterait de figurer en tête du document complet :

« Pour freiner l’étalement urbain et y mettre fin à l’horizon 2050, il s’agit à court terme de poursuivre les objectifs suivants : Réduire la consommation des terres non artificialisées en la plafonnant d’ici 2025.Préserver au maximum les surfaces agricoles.Maintenir, réutiliser ou rénover le bâti existant.Localiser au maximum les bâtiments à construire dans les tissus bâtis existants (urbains, ruraux ou périurbains) situés à proximité des services et transports en commun.Restaurer la biodiversité. »

Ces cinq objectifs sont à considérer de manière interdépendante, sans qu’aucun soit prioritaire sur les autres, il n’y a pas de hiérarchie entre eux. Le gouvernement wallon présente la restauration de la biodiversité comme une action évidente et indispensable à mettre en œuvre à court terme. La biodiversité elle-même est considérée à part entière : le gouvernement a pris conscience que les terres non artificialisées, d’une part, et les surface agricoles, d’autre part, ne sont pas nécessairement synonymes de biodiversité, ce qui constitue un grand progrès après des années d’amalgame entre concepts.

La DPR ouvre ainsi la porte à une restauration dynamique de la biodiversité partout sur le territoire . Or, le véritable enjeu, il est là, dans ce « partout ».

Les localités vont devoir jouer le jeu et limiter l’étalement urbain sur leur territoire

En attendant que les injonctions européennes (No Net Land Take by 2050 ) se concrétisent dans une politique régionale assumée, il est primordial de commencer à bouger sur le plan local. Si l’on veut éviter que la pleine terre de nos potagers, de nos terrains agricoles et de nos bois devienne un désert écologique et une menace permanente pour les nappes phréatiques, il faut se passer d’intrants chimiques et de pesticides. => Ath, Eupen et Rochefort ont été les trois premières communes wallonnes à abandonner l’usage des pesticides dans les espaces public de leur territoire. Leur exemple a entraîné des dizaines d’autres communes sur cette voie. Si l’on veut des villes et des villages neutres en carbone, il faut y laisser s’épanouir parcs, jardins privés et espaces verts à hauteur de 80% de leur surface. => Cela signifie maintenir la végétation qui est déjà en place et la développer. Surtout pas supprimer des parcs et des jardins ! Surtout pas supprimer les dernières terres agricoles en ville et dans la périphérie ! Surtout pas remplir à tout prix les dents creuses, qu’elles soient le long des routes et au bord des chemins de campagne, ou entre deux immeubles en milieu urbanisé.

Les communes savent-elles qu’elles sont en première ligne pour restaurer la biodiversité ? Savent-elles à quel point leurs décisions en matière d’urbanisme peuvent conduire à accentuer l’artificialisation des sols et la perte de biodiversité ? Se sentent-elles de taille à décloisonner agriculture, activités économiques et santé ? Sont-elles prêtes à reconnaître, dans leur politique locale de développement territorial, les liens indissociables entre une société humaine saine et une planète en bonne santé ?

Pour obtenir des réponses à ces questions, la Fédération IEW a adressé aux communes wallonnes un questionnaire biodiversité. Véronique Hollander analyse les résultats de cette enquête dans l’article « Biodiversité : enquête d’IEW auprès des communes wallonnes » . Elle nous donne les lignes directrices qui en découlent pour enfin mieux protéger la biodiversité et, peut-être, la restaurer.

Le rôle de l’agriculture

Plus de la moitié de la surface de la région, ce sont des terres agricoles . Le rôle de l’agriculture dans la restauration de la biodiversité a été mis en avant lors de l’Université Annuelle d’IEW, « Terre mécanique ». Toutes les vidéos de cet événement sont en ligne ici .

Je vous cite quelques passages qui m’ont particulièrement accrochée.

« Le sol doit être toujours couvert, jamais travaillé, et jamais de soleil sur le sol découvert. [Sinon,] c’est la réaction de Fenton , la minéralisation de l’humus par le soleil », Konrad SCHREIBER.

« Toutes les plantes sont mélangées dans la nature » ; « multi-espèces de prairie = 300 [espèces de végétaux], c’est la nature », Konrad SCHREIBER.

« Il faut construire d’autres indicateurs que le rendement », Philippe BARRET.

« Au lieu de la productivité, prendre en compte la valeur ajoutée à l’hectare et les aménités positives », Marc DUFUMIER.

« Il est très important de raccourcir les circuits pour des raisons de santé et de coût [en réinvestissant du travail dans] des produits pondéreux et périssables comme les légumes », Marc DUFUMIER

Julie Van Damme participait en direct sur le plateau à l’événement « Terre mécanique ». Julie est chargée de mission Ruralité et Agriculture chez IEW. Elle a livré récemment un compte-rendu de cette Université Annuelle , sur le site d’IEW : « Déconstruire les mythes des systèmes agricoles ». Elle se prête au jeu de l’interview pour ce numéro 5 d’Échelle Humaine , sur les relations entre la ruralité et la biodiversité.

Biodiversité et Covid-19 : des haies !

Qu’est-ce qu’on attend pour restaurer la biodiversité, alors que le lien entre les pandémies et le bouleversement des écosystèmes est direct et avéré ?

La journaliste scientifique Sonia Shah , du New York Times, tire la sonnette d’alarme depuis plusieurs années. Elle a publié en anglais de nombreux articles sur le sujet . Dans Le Monde, « Contre les pandémies, l’écologie » est une excellente introduction à ses travaux, en français.

La destruction des habitats menace d’extinction une foule d’espèces sauvages, en ce compris les plantes médicinales et les animaux dont nous avons toujours dépendu pour développer notre pharmacopée (tant industrielle que naturelle). La destruction des habitats force par ailleurs les espèces qui subsistent à la promiscuité entre elles, sur des portions de territoire de plus en plus réduites, et augmente leur proximité avec les humains. Ce qui décuple la probabilité de se retrouver en contact répété, familier, avec des espèces dont les microbes bénins n’ont plus qu’un saut de puce à effectuer pour venir s’installer chez l’homme et devenir dévastateurs, voire mortels.

Que pouvons-nous faire, à notre échelle [humaine] ? Bien des choses… à commencer par la reconstitution d’habitats variés pour les espèces animales et végétales. La ministre Tellier propose de planter 4000 Km de haies ; elle a rappelé, sur les antennes de la RTBf – La Première , la relation entre cette mesure et la prévention contre les zoonoses.

Outre la plantation, il faut bien entendu entretenir et préserver l’existant, à savoir les haies et les bosquets déjà en place. Ils tombent chaque jour sous les coups des bulldozers, au nom des sacro-saints projets immobiliers et routiers. Dans chaque haie existante, des interactions intimes et originales se sont nouées entre espèces. Les haies anciennes ont développé une action protectrice dérivant de la variété d’espèces animales et végétales présentes, ainsi que de l’accumulation de résidus. Il est bon de rappeler à ce titre que le travail d’entretien n’est pas aussi lourd que d’aucuns le prétendent, puisque nous devons éviter le « trop propre » pour permettre à la biodiversité de se redévelopper .

La CPDT (qui regroupe les centres de recherche en Aménagement du territoire des Université de Liège, Bruxelles et Louvain-La-Neuve) vient de publier un Vademecum sur les infrastructures vertes , ces tracés qui prennent vie et donnent la vie au milieu des quartiers habités. Je ne l’ai pas encore lu, donc je ne sais pas si « Infrastructures vertes pourvoyeuses de services écosystémiques » affirme qu’un roncier vaut mieux qu’une haie de thuyas, mais j’aimerais bien que oui…

Et la nature dans tout ça ?

Face aux projets immobiliers qui surgissent partout en Wallonie, les citoyens se sentent étouffés et se posent, très justement, la question de la place de la nature dans le cadre de vie commun. L’article « Le Plan de secteur doit laisser le sol et les gens respirer ! » poursuit la recherche historique et critique inaugurée dans Echelle Humaine n°4.

Sur le même sujet, la Maison de l’Urbanisme du Brabant Wallon a organisé un Midi de l’Urbanisme en octobre 2020 : « Et la nature dans tout ça ? » avec Fiorella Quadu (Chercheuse à l’UCL – SST/LOCI), Julien Taymans (Président de Natagora BW) et Aurélie Hochart (Chef de service Aménagement du territoire de l’intercommunale de développement économique In-BW). La vidéo est disponible sur Youtube et sur le site de la MUBW . Comme l’indiquait Agnès Chevalier, qui animait le débat, les relations étroites entre la ruralité, l’agriculture et la biodiversité offrent un excellent sujet pour un débat ultérieur.

Ce numéro 5 d’Échelle Humaine entend répondre à la proposition de la MUBW. Loin de prétendre faire le tour de la question, nous voulons ouvrir des pistes pour un approfondissement, et surtout donner des clés pour comprendre ce sujet complexe de la biodiversité. L’objectif est que les CCATM puissent s’emparer du sujet de la biodiversité, s’exprimer d’initiative sur les choses à mettre en place, et sachent à quoi prêter attention dans les dossiers qu’elles auront à examiner.

Il faudrait plus de modestie dans la gestion du sol.

Arrêtons de lui imposer nos envies de nouvelles urbanisations !

Le vrai combat du Stop Béton, c’est la pleine terre.

Enfin, comme de coutume dans chaque éditorial, un petit film

« Le silence des oiseaux », reportage de l’émission « Temps Présent », télévision suisse SSR SRG, 2018.

Les oiseaux des champs sont le point de départ. Ils sont les signes discrets du « dérèglement majeur de notre monde », pour reprendre l’expression du présentateur.

De prises de vue sur le terrain en témoignages, « Le silence des oiseaux » offre au grand public l’occasion d’embrasser de front le déclin de la biodiversité, la banalisation des paysages, les pesticides et l’uniformisation des couvertures végétales, « ce vert qui n’abrite plus aucune vie ». Le reportage parle sans tabou de l’agriculture intensive, des aides européennes, de l’inaction politique, de la prise de risques pour changer d’agriculture et, surtout, des responsabilités à partager, de la coopération possible avec la biodiversité.

A ceux qui aiment les oiseaux, les oiseaux donneront évidemment envie de regarder le film. Sans doute y retrouveront-ils des raisonnements qu’ils ont déjà pensés ou même formulés tout haut, au risque de recevoir en retour un cinglant « Les piafs n’ont rien à voir avec nos problèmes sociétaux ». Cinglant, borné et clairement mal informé.

Aucune instance, si haute soit-elle, n’est épargnée. Parmi les membres de la Commission Régionale d’Aménagement du Territoire (remplacée depuis 2018 par le Pôle Aménagement du Territoire du Conseil Économique, Social et Environnemental de Wallonie ), il se trouvait toujours l’un.e ou l’autre membre pour se plaindre en plein débat : « Ya des em… qui seraient prêts à bloquer un projet pour quelques petits oiseaux ». Peut-être avez-vous déjà vécu ce genre de sarcasme en CCATM ?

Oui, la biodiversité et l’agriculture peuvent faire bon ménage. Quand on prend des mesures favorables à la biodiversité, l’agriculture se porte mieux. Visionnez et partagez ce film !



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